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Papa was not a Rolling Stone

dimanche 5 octobre 2014, par Clotilde

« Papa was not a Rolling Stone » est un film autobiographique réalisé par Sylvie Ohayon avec Doria Achour, Soumaye Bocoum, Aure Atika, Sylvie Testud et Marc Lavoine. Chorégraphies par Kamel Ouali. Bande son par Nousdeux the band. Interprétation inédite de "Envole-moi" par Jean-Jacques Goldman. Sortie en salles le 8 octobre 2014.

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« Papa was not a Rolling Stone », le premier film de Sylvie Ohayon, m’a au premier abord surprise, car le film porte en lui une image années 80 – 90 très marquée !
« Papa… » pourrait tout à fait être un film de la fin des années 80 dont la sortie serait repoussée depuis 30 ans. Le cadrage, le rythme, les tenues et le langage sont ceux d’une autre époque. Cela peut gêner dans le début du film, mais peut aussi embarquer les nostalgiques sur une voie de navigation cinématographique qui n’a plus été empruntée depuis. Conseillé donc fortement à tous les bébés des seventies ! Mais pas seulement…

Rapidement, on est emporté par l’élan de vie qu’incarnent la comédienne principale - la superbe Doria Achour - et l’interprète de sa meilleure amie - Soumaye Bocoum - toutes deux très talentueuses. Mention spéciale à Soumaye Bocoum qui porte la spontanéité et l’émotivité à l’écran dans une sincérité extraordinaire.

Abordant parallèlement l’envol professionnel et la sortie de l’adolescence d’une jeune fille issue de la Courneuve, « Papa… » est un film qui me semble fait avec beaucoup d’amour. Dans le traitement des personnages autant que dans la composition du scénario avec ses scénettes du quotidien, le film transpire d’une tendresse profonde envers le « village » de la Courneuve, ses protagonistes et ses traditions, sans pour autant négliger de nous donner à voir ses travers et abus.
« Papa… » veut valoriser le sourire et la persévérance des banlieues afin d’en donner une image bienveillante bien que réaliste. En cela, c’est un peu tout l’opposé de « La haine » qui en présentait le pan révolté. « Papa… » aurait très bien pu s’appeler « La tendresse ».

Mais cette tendresse n’est pas douceur et le film est très dur dans les mots échangés entre adolescents et dans les épreuves rencontrées. A l’image de la réalité de chacun d’entre nous, quelle que soit notre origine ethnique, religieuse ou sociale. Au passage, l’écriture, dans les dialogues comme dans les réactions des personnages, est particulièrement remarquable. Nous trouvons tous à nous identifier dans ces rapports humains qui positionnent « Papa… » à la limite du film documentaire.


Ce film est aussi une autobiographie et le grand absent s’y fait bien sentir : la figure paternelle. Celui qui , dès le titre, « n’est PAS ». Terriblement absents, les hommes montrés comme personnages principaux sont très décevants, bien que physiquement attrayants. Au milieu d’eux, le personnage du (très) beau Rabah (tout à fait à droite sur cette photo du film) brille auréolé de cette lumière aveuglante qu’est le Premier Amour. Au passage, prestation tout aussi réussie pour ce jeune comédien (Rabah Naït Oufella) ! Si le personnage de Rabah est sublimé un instant, seules les femmes se montrent intelligentes et audacieuses dans « Papa was not a Rolling Stone » : l’amie, l’enseignante-artiste, la grand-mère et même la mère qui n’arrive pas à grandir... Alors que tous les personnages masculins ayant une image positive sont mis au second plan, que ce soit l’idole inaccessible, les amis de notre héroïne ou son partenaire de Danse, magnifique athlète dont nous n’apprendrons absolument rien et auquel est pourtant réservé un très beau clin d’œil à la fin du film. Ce procédé donne à « Papa… » un ton hyper féministe, mais il permet surtout de coller à la sensibilité de Stéphanie, qui n’a plus aucune confiance envers les hommes et évolue dans un univers qu’elle ne voit plus qu’au féminin, ce qui lui confère l’incroyable assurance dont elle fait preuve.

Si ce choix a son intérêt, il m’a laissé sur mon envie d’entendre davantage la voix de l’enfant seul, sans rePère, qui demande « Papa où t’es »... Cela ne semble pas être la question de Sylvie Ohayon, qui a préféré creuser sa trame dans la traversée d’une rupture libératrice, une histoire d’adultes au milieu de l’enfance. Pour ce choix, j’ose dire que « Papa was not a Rolling Stone » est le pendant swagg de « La boum », offrant la vision d’une autre jeunesse avec tous ses possibles. Une vision qui manquait cruellement au cinéma des années 80-90... Justice lui est désormais rendue.

Bien que livré à notre regard sous la forme d’une touchante comédie, « Papa… » met en avant l’obstination acharnée du triple combat de Stéphanie : une carrière professionnelle fondée sur le mérite, la revendication de son droit à la sexualité et l’émancipation de son origine.
« Papa was not a Rolling Stone » attaque ainsi sur tous les fronts de l’égalité.
Continuons le combat.

Dir : Sylvie Ohayon, 2014

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