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Courts métrages Japonais (et où les trouver)

vendredi 25 février 2011, par Clotilde Couturier

J’aimerais faire une courte présentation de la présence du court-métrage japonais en France. Ce mois-ci, j’ai eu la chance d’assister au Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand, organisé par l’association « Sauve qui peut le Court Métrage », active depuis 1981.
Je me rends chaque année depuis 2007 au Festival dans l’espoir de voir les derniers courts-métrages japonais. En effet, j’ai un faible pour ces productions et j’essaie de les diffuser en France !
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Clermont-Ferrand étant le plus grand festival de courts-métrages au monde, c’est dans ses salles que vous rencontrez le plus de courts-métrages japonais possible, hors achats de DVD.

Par ailleurs, le Festival de Clermont-Ferrand a toujours soutenu en particulier cette production, depuis 1985 (ouverture de la Compétition Internationale du festival avec la participation de « A girl she is 100% », réalisé par Yamakawa Naoto) jusqu’à aujourd’hui en passant par le focus Spécial Japon réalisé en 1987 et en 2003, et avec le premier prix pour un film japonais en 1992 attribué à « Tokio House » de Shimiaki Ishida.

Pour commencer, je souhaite revenir sur « Ryuusei Kachō », réalisé en 2001 par l’hyper-célèbre Hideaki Anno (« Evangelion ») et diffusé cette année dans le cadre de l’anniversaire de la compétition Labo au Festival de Clermont Ferrand 2011.
http://www.clermont-filmfest.com/index.php?&m=213&c=3&id_film=100040000&o=88

Tiré du « gag-manga » (BD japonaise clownesque, pour faire court) dessiné par Shiriagari Kotobuki en 1996, « Ryuusei Kachō », fiction avec tournage réel (pas d’animation) est un chef d’œuvre nippon du burlesque déjanté. Combinant tout à la fois l’humour japonais (dialogues et mimiques), la construction cinématographique japonaise (cadrage et montage), la plongée dans l’univers « BD » (effets spéciaux pas très spéciaux), le rapport à l’honneur (culture classique) et l’adulation à la J-rockstar androgyne (culture populaire, « visual kei » pour les connaisseurs), « Ryuusei Kachō » parvient à faire toujours la balance entre la dérision et l’hommage, nous faisant en même temps rire de et aimer les sujets qu’il englobe dans son univers délirant. Un film fait avec peu de moyens mais de bons sketches, pour un réalisateur qui n’en est pas à son premier succès dans les autres genres.
Vous pouvez retrouver le film sur ce DVD : http://www.grasshoppa.jp/lineup/lineup_03.html

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A présent, je voudrais vous présenter deux habitués du Festival, présents aussi cette année, qui méritent toute votre attention :
Tout d’abord, Isamu Hirabayashi, qui a aussi réalisé un chef d’œuvre comique avec « Doron » en 2006, un grand succès du court-métrage.
http://www.clermont-filmfest.com/index.php?m=213&c=3&id_film=100058394&o=88

« Doron » est personnellement mon grand coup de cœur du court-métrage japonais. Hyper fidèle à la culture japonaise, « Doron » est l’audition d’un jeune comédien spécialisé dans les déguisements … Ce que j’aime dans « Doron », c’est qu’il traverse toutes les tranches de l’humour japonais, du gag de la saucisse au jeu subtil sur la politesse en passant par le grand amour nippon de l’absurde. Réalisé en 2006, « Doron » est sur le site youtube du fanclub.

Le talent d’Isamu Hirabayashi est de toujours parvenir à nous entraîner dans son histoire, et à nous surprendre par le déroulement de cette histoire. Techniquement irréprochables, scénaristiquement uniques, les films d’Isamu Hirabayashi ne laissent pas indifférent ! Vous pouvez ne pas aimer son ou ses film(s), mais ce serait être d’une grande mauvaise foi que de ne pas reconnaître son originalité et son talent de « conteur audiovisuel ».
Pour résumer « Doron », je vous citerais simplement cette anecdote d’une japonaise de passage à Paris, regardant le film en plein air lors d’une projection dans un festival, et qui, entendant le public rire aux éclats, se tourna vers moi en me disant « C’est incroyable ! Je ne pensais pas que les français pouvaient comprendre l’humour japonais ! ». Mais si, mais si !

« Conversation with Nature », réalisé en 2005, est aussi à mes yeux une grande réussite. Le film précise qu’il existait autrefois un moyen de sonorisation pour communiquer avec la nature. « Conversation with Nature » retranscrit la traduction du dialogue entre un être humain et un arbre. Touchant, fait avec peu, « Conversation with Nature » offre beaucoup. L’idée d’une nature qui nous parle et a la possibilité de donner son opinion sur, par exemple, l’être humain ouvre la voie à de nombreuses interrogations.
« Babin » reprend ce thème en 2009. Véritable surprise, complètement délirant, « Babin » raconte la rencontre d’un arbre et d’un petit garçon. Ici, il n’y a pas d’échange possible. Chacun parle à sa façon, mais sans entendre l’autre. Finalement, l’arbre tombe malade. S’engageant davantage du côté de la nature avec « Babin », Isamu Hirabayashi s’écarte trop des hommes.
http://www.clermont-filmfest.com/index.php?m=213&c=3&id_film=100072423&o=88

Connu par le festival de Clermont-Ferrand depuis 2003 avec « Helmut », Isamu Hirabayashi revient rapidement avec « Aramaki » sélectionné à la Berlinale 2010, puis avec « Shikasha », sa dernière réalisation, présentée cette année en compétition Labo à Clermont-Ferrand. http://www.clermont-filmfest.com/index.php?m=213&c=3&id_film=200014698&o=88

« Shikasha » nous montre des hommes creusant la Terre à la recherche d’une femme et d’un enfant enterrés vivants. Nous les voyons ligotés dans leur cercueil attendre les secours et désespérer. Finalement, les hommes trouvent le cercueil. Qu’est-il advenu de nos deux victimes entre-temps ? J’ai apprécié le regard neutre et détaché de « Shikasha », quand dans un tel scénario on aurait attendu soit une montée en suspense, soit une montée dramatique. Le détachement du film m’a questionné sur la confrontation de l’imaginaire, qui se nourrit de ces montées émotionnelles, avec le quotidien, qui se fonde généralement sur le calme et l’habitude. L’indifférence qui se dégage du film, alors pourtant que les hommes en quête des corps sont expressifs et dynamiques, nous laisse réellement en suspens. Sur une attente inassouvie, alors qu’elle a abouti… Très troublant !

Je vous invite à découvrir ses premiers films (de « Helmut » à « Doron » sur le « youtube » : http://www.youtube.com/user/hirabayashiisamu#p/u

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Ensuite, je voudrais dire quelques mots sur Atsushi Wada, autre habitué qui était particulièrement honoré cette année, avec la présentation de « Wakaranai Buta » en compétition Labo et de « Haru no shikumi » en sélection Sacrebleu (société de production française que je félicite pour son investissement envers le court-métrage japonais !), deux films réalisés en 2010.
http://www.clermont-filmfest.com/index.php?m=213&c=3&id_film=200015216&o=88

Tout d’abord, il faut savoir qu’Atsushi Wada réalise des films d’animation. L’animation Grand Public étant devenue hyper codifiée et « attendue », c’est toujours un plaisir de découvrir des animations moins attendues. Atsushi Wada nous offre le meilleur de l’inattendu !

Incompréhensibles au premier abord, ses films semblent n’avoir « ni queue ni tête » ! Pourtant, au lieu de rester perplexe et de passer à côté d’une expérience aussi originale, on peut prêter réellement attention au déroulement et aux péripéties survenant aux personnages, et expérimenter du concret au cœur d’un milieu étrange… Ce qui fait des films d’Atsushi Wada de réelles animations expérimentales et une plongée unique dans le surréalisme pastel.
Particulièrement propices à nous entraîner dans des ambiances absurdes mais consistantes, où nous nous raccrochons à la répétition des mouvements, comme un quotidien qui s’altère tout en restant entier.

Les films d’Atsushi Wada sont de véritables OVNIs, bouleversant tous les codes et transmettant pourtant à plusieurs niveaux : Les oppressions, les mécaniques, les individualités, les risques, les non-risques… Le mouvement, l’arrêt du mouvement, la reprise du mouvement… Très difficile d’exprimer ce que l’on a perçu d’un film d’Atsushi Wada car rien ne peut expliquer le sens que chacun d’entre nous va attribuer à tel comportement ou tel mouvement vu à l’écran. Une expérience unique.

Je vous souhaite sincèrement de voir au moins une fois dans votre existence un film d’Atsushi Wada.
« Hana no hi », réalisé en 2005, est accessible sur le Youtube de Yokohama Art Navi : http://www.youtube.com/watch?v=NwoJLoQQ5Ig

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Il y a deux ans, un autre réalisateur japonais a fait beaucoup parler de lui en réalisant un grand succès de l’animation, honoré par l’Oscar du meilleur court-métrage 2009, le désormais fameux « La maison en petits cubes ».

Le réalisateur Kunio Katō, très célèbre dans le domaine de l’animation courte au Japon, a reçu de nombreux autres prix pour cette réalisation (dont le Grand Prix du court-métrage d’animation au Festival d’Annecy 2008).
http://www.clermont-filmfest.com/index.php?m=213&c=3&id_film=100072256&o=88

Histoire d’un homme âgé, maintenant seul, vivant depuis son mariage dans sa maison qu’il faut chaque année monter d’un étage pour empêcher l’engloutissement par les eaux, « La maison en petits cubes » est particulièrement Grand Public et mérite son succès international.
Les films de Kunio Katō, construits sur des modèles narratifs classiques, témoignent généralement de la saveur douce-amère si chère aux japonais. Hyper colorés malgré des pointes de tristesse, empreints d’une mélancolie souriante, les films de Kunio Katō permettent la rêverie et l’attendrissement, même dans ses films les plus engagés comme « The apple incident », le premier qui l’a fait connaître. « La maison en petits cubes » pousse cette mélancolie souriante jusqu’à son apogée, digne des grandes maisons de l’animation comme Walt Disney (introduction de « Là-haut ») et le Studio Ghibli (« Omohide Poroporo »).

Pour voir le site web officiel du réalisateur : http://kiteretsu.robot.co.jp/kunio/index.html

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Si vous aimez les courts-métrages japonais, je vous invite à en découvrir plus sur ce facebook : http://www.facebook.com/pages/Japanese-Shorts/167085426665419

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Il me serait impossible de clore cette page sur le court-métrage japonais sans évoquer quelques réalisateurs qui n’ont pas toujours eu leur place au festival mais méritent votre attention :

 
Mirai Muzue (en activité, voir tous ses films sur son site http://web.mac.com/mirai_mizue/iweb/MIRAIwebsite/Animations.html) et Yōji Kuri (production de films entre 1960 et 1981), pour leurs films d’animation expérimentale inclassables, aux univers graphiques très précis et aux ambiances fortes, avec une histoire linéaire et explicite mais amenée de manière étrange et sans dialogues normalement parlés, un peu comme l’a fait Taku Kimura avec « Kudan » en 2008.

Taku Kimura offre une animation plus moderne et moins kitsch, utilisant des techniques informatiques de pointe.
Vous pouvez voir « The midnight parasites » de Yōji Kuri ici : http://www.youtube.com/watch?v=Er27FN9L_8w
Et « Kudan » de Taku Kimura là : http://www.les-courts-metrages.fr/kudan/
J’ai personnellement adoré « Kudan » qui est une réussite technique et scénaristique, tout en étant expérimental et surréaliste. Pas si facile de combiner tout cela !

 
Hideo Nakata, le réalisateur de « Ring » et « Dark Water » a, comme beaucoup de réalisateurs, commencé sa carrière par quelques courts-métrages, dont « Yuurei no sumu ryokan » est un succès sans pareille. Une coutume est ensuite née au Japon avec la série des « Ghost Stories », déjà plus d’une centaine de courts-métrages de suspense et d’horreur, qui ont parfois été réalisés par des grands noms du cinéma japonais.

 
Dans le milieu de l’animation, ce sont Koji Yamamura, Kiyoji Nishikura, Kenzō Masaoka et Osamu Tezuka, qui sont les réalisateurs de courts-métrages les plus célèbres. Si les trois derniers ont opté pour le long-métrage rapidement en inscrivant l’animation « traditionnelle » dans sa ligne directrice, Koji Yamamura a poursuivi une longue carrière dans le court.

Réalisations de Koji Yamamura, « Suisei » en 1987, « Atama Yama », en 2002 (Grand Prix du court-métrage d’animation à Annecy en 2003) et « Kodomo no keijijogaku » en 2007, ont été remarqués à Clermont-Ferrand.
Par ailleurs, c’est Koji Yamamura qui est responsable de la programmation du Youtube de Yokohama Art Navi (où l’on peut voir un film d’Atsushi Wada).

Quant à Osamu Tezuka, il reviendra très régulièrement au court pour réaliser des films « non conventionnels » ! Ces travaux courts et à très faibles budgets lui permettent d’expérimenter des styles graphiques originaux (comme dans « Tenrankai no e » en 1966) et de concevoir des hommages aux développements historiques du Cinéma, comme dans« Onboro Film » en 1985 ( « Le film cassé » , http://www.clermont-filmfest.com/index.php?m=213&c=3&id_film=100010678&o=88 ) et le très célèbre « La légende de la forêt », terminé en 1987.

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http://www.facebook.com/pages/Japanese-Shorts/167085426665419

Je travaille à promouvoir l’art du court-métrage dans les milieux oeuvrant au soutien de la culture japonaise en France, réseau hyper développé, en tentant d’organiser des projections.
En plein développement actuellement, le court-métrage nippon mériterait bien des créneaux de 2 heures de films, mais où trouver une salle susceptible d’accueillir ces projections ?
J’aurai peut-être la grande chance de bénéficier d’une projection de 30 minutes au sein de « Japan Expo », et c’est déjà fantastique !

En attendant de vous retrouver à la Japan Expo (du 30 juin au 3 juillet 2011), je vous invite à agrandir votre DVDthèque en acquérant :

Les DVD du Magazine « Grasshoppa », volumes 1 à 4 sur les sites de vente en ligne habituels. Volume 3 disponible : http://benippon.com/en/grasshoppa-3-dvd

Les DVD d’Atsushi Wada, de Tochika (light painting) et de Mirai Muzue : http://calf-en.ocnk.net/product-group/1

« La maison en petits cubes » est un film sans paroles, vous pouvez acquérir le DVD original à cette adresse : http://www.cdjapan.co.jp/detailview.html?KEY=TDV-18323D

La compilation Osamu Tezuka est éditée chez « Les films du Paradoxe » : http://www.filmsduparadoxe.com/tezuka.html

Le film de Koji Yamamura, « Inaka Isha », adapté de la nouvelle de Franz Kafka « Un médecin de campagne » est en vente : http://www.cdjapan.co.jp/detailview.html?KEY=DB-184

Pour les fans de pop art, découvrez sans attendre l’œuvre de Keiichi Tanaami : http://www.chaletfilms.com/produit/7609-Un_portrait_de_Keiichi_Tanaami.html

Enfin, une sélection des courts-métrages du Musée Ghibli a aussi été éditée mais est quasiment introuvable.

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