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La situation des Roms -débat Me, my Gipsy family and Woody Allen

lundi 23 mai 2011

Me, my Gipsy family and Woody Allen de Laura Halilovic a été projeté au Nouveau Latina, suivi d’un débat en présence de Erika Matarella, éducatrice qui travaille auprès de communautés Roms en Italie, Yves Douchin du comité de soutien du collectif de sans papiers de Melun et correspondant pour Rom Europe en Seine et Marne, et Philippe Potentini du Conseil de l’Europe.

Présentations

YD Je suis un ancien élu de Seine et Marne. Nous avons vu vers la fin des années 90 un grand nombre de familles qui arrivaient. Les élus se demandaient s’il fallait les accueillir, ce que le maire a décidé de faire. Nous nous sommes intéressés à une expérience d’intégration que nous avons répété sur maintenant 10 ans. Malgré de grandes difficultés d’insertion, ils ne sont pas différents des autres groupes de migrants.

PP Le Conseil de L’Europe est une institution née au lendemain de la guerre et fondée sur un certain nombre de valeurs et plus particulièrement sur la Convention des Droits de l’Homme. Ce film inspire que le prix de la liberté se paie cher. Je pense au dernier film de Tony Gatlif. Tout en étant une personnalité publique, il est devenu méfiant à l’égard des institutions. Le film illustre les violations des droits de l’Homme dont sont victimes au quotidien les Roms, le droit à la propriété, à la vie privée, à l’éducation. Je ne pense pas qu’une campagne à Paris soit utile ou une bonne idée. J’aime bien l’idée de film de Tony Gatlif, transformé un préjugé en fiction.

EM L’Italie a une situation très similaire aux autres pays mentionnés au Conseil de l’Europe, avec les mêmes difficultés politiques concernant les fermetures des frontières. Il n’y a pas de réelle politique d’accueil. La situation du film est différente car il s’agit de Roms venus du Sud Est de l’Europe qui vivent en Italie depuis longtemps, 40 ans dans ce cas. Il y avait une politique d’intégration. A Turin, par exemple, un projet de logements sociaux a été mis en place.
Ce qu’il y a de beau chez Laura c’est qu’elle croit aux possibilités de réaliser son rêve. Les jeunes filles auprès desquelles je travaille me disent qu’elle ne peuvent croire aux leurs.

Q Les gens du campement ont-ils finalement été expulsés ? et serait-il judicieux de montrer ce film a un tribunal ?

EM Le campement est toujours là. Le film a en effet été envoyé à un juge qui a par la suite dit qu’il ne l’avait pas reçu. Il y a des associations en Italie qui combattent les préjugés mais la seule chose qui fera vraiment avancer les mentalités est le mélange des communautés. Ce n’est pas tellement en regarder le film que le juge serait débarrassé de ses préjugés mais en rencontrant Laura.

Q Que pensez-vous de la situation en France ? Peut-on encore parler d’un pays des droits de l’Homme ?

PP Les mentalités changent progressivement en France. Il y a trente ans, manger une pizza était le comble de l’exotisme. Les choses ont changé mais il y a encore des préjugés. On essaie de trouver des éléments fédérateurs du coup. Pour les Gitans par exemple on peut penser à la musique tzigane. Le Conseil de l’Europe a lancé des initiatives culturelles, comme la « route de l’Europe » à laquelle ont participé hôtels et agences de voyages. La déportation des Roms a longtemps fait l’objet d’une omerta et de nos jours on en parle de plus en plus au même titre que les autres populations déportées.

YD L’outil de défense de l’Etat quand il s’agit des expulsions est l’identité française. On croit rêver quand on connaît l’Histoire du pays. Ces expulsions n’ont même pas atteint l’objectif visé c’est-à-dire le rejet massif de cette population. Beaucoup de gens ont finalement dit que trop c’est trop, ils se rendent compte du gâchis humain et financier. Les Chiliens, les Cambodgiens ont été accueilli à bras ouverts. Pour les Roms, on n’a prévu que du rejet. Un droit n’est pas acquis éternellement, il faut se relayer, dénoncer sans relâche les atteintes à l’idéal que nous avons.

Q Les sondages montrent que le public français soutien l’action de l’Etat. Que faire pour sensibiliser les gens ?

YD La sensibilisation est le travail de tout un chacun. Puis il y a des objectifs à plus long terme. Il y a 18 000 familles Roms et un tout petit nombre bénéficie d’une politique d’intégration mais même celle-ci présente de nombreuses restrictions, surtout sur le marché du travail. On met des obstacles et on essaie au maximum d’empêcher les entreprises de recruter des membres de la communauté ; il faut un titre de séjour au préalable, on exige un temps complet, un CDI, des taxes. Comment cette immigration peut-elle menacer le marché de l’emploi alors que ces immigrés sont pour la grande majorité illettrés. C’est un faux argumentaire pour alimenter le fond de commerce électoral.

Q Quelles est la différence entre gens du voyage et Roms ?

PP Les gens du voyage sont des citoyens français. On considère que les Roms sont nomades mais il y a plusieurs pays où ils sont sédentaires.

Q L’intégration passe t-elle nécessairement par un relogement en appartement ?

PP dans le film par exemple ce relogement est consenti. Il faut savoir qu’il y a une volonté d’assimilation et tant mieux.
Homme Beaucoup d’entre eux sont habitués aux habitations de milieu rural, aux maisons. En Seine et Marne, c’est une ville nouvelle, nous avons une architecture horizontale. Ce sont des pavillons qui avaient été vendus à bas prix car la banque propriétaire avait fait faillite donc certaines familles en ont bénéficié. Mais c’est une loterie.

Si vous souhaitez contacter les intervenants ou les membres de l’équipe du film ou du festival, adressez-nous un mail !

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